Ce que la mode a changé dans nos corps… et ce qu’elle nous demande aujourd’hui
- Isabelle SORET
- 17 janv.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 janv.
Les cycles invisibles
Il existe des moments charnières, individuels ou collectifs, où quelque chose demande à être réinterrogé. Non pas dans l’urgence, mais dans la justesse.
La mode, que l’on croit souvent superficielle, est en réalité un excellent révélateur de ces cycles. Elle accompagne, et parfois précède, les grandes transformations sociales, culturelles et intimes.
Et si prendre le temps d’observer ce qu’elle a permis hier nous aidait à comprendre ce qui se joue aujourd’hui dans notre rapport au corps, à l’image et à l’identité ?
La mode comme outil de transformation sociale
La mode n’a jamais été neutre. Elle a longtemps été un langage politique, social, presque existentiel.
Libérer le corps féminin des corsets, permettre le mouvement, accompagner l’entrée des femmes dans la vie active, transformer la manière dont un corps peut occuper l’espace public : ces gestes vestimentaires ont profondément modifié les trajectoires de vie.
Des créateurs comme Paul Poiret, Jeanne Paquin ou Madeleine Vionnet ont ouvert la voie à un corps plus libre. Coco Chanel a ensuite proposé une élégance fonctionnelle, en phase avec une féminité autonome et active.
Plus tard, d’autres ont déplacé les lignes autrement. Jean Paul Gaultier, Yves Saint Laurent, Vivienne Westwood, Alexander McQueen ont questionné le genre, la norme, la visibilité des identités marginalisées. Ils ont rendu visibles des corps jusque-là exclus du récit dominant.
Ces créateurs n’ont pas seulement dessiné des vêtements. Ils ont élargi le champ du possible.

Un paysage contemporain plus consensuel
Aujourd’hui, le paysage de la mode semble plus lisse. Silhouettes normées, esthétiques neutres, corps jeunes, minces, genrés. Une mode qui rassure davantage qu’elle ne dérange.
Ce constat est souvent interprété comme un désengagement, mais il peut aussi être lu autrement.
Les grandes maisons sont devenues des structures économiques mondiales. Leur rôle est de stabiliser, de sécuriser, de répondre à des marchés vastes et hétérogènes. Le consensus devient alors un choix stratégique.
Or, l’histoire montre que les véritables bascules culturelles ne naissent presque jamais du consensus.
Quand les combats deviennent plus intimes
Chaque époque porte ses luttes visibles, et ses luttes plus silencieuses.
Aujourd’hui, beaucoup de femmes ne se battent plus pour le droit de porter certains vêtements. Elles se battent pour autre chose :
ne plus se trahir dans leur apparence,
sortir des injonctions contradictoires,
habiter un corps fatigué de devoir correspondre,
retrouver du sens dans leurs choix, jusque dans leur manière de s’habiller.
Le défi n’est peut-être plus seulement esthétique ou social. Il est profondément identitaire.
Comment je me montre au monde ? Est-ce que mon image me soutient ou m’épuise ? Est-ce que mes vêtements racontent ce que je suis devenue... ou ce que j’ai appris à jouer ?

Vers une relation plus consciente à l’image
Si la mode a longtemps été un levier de transformation collective, le mouvement actuel semble inviter à un déplacement vers l’intime.
Il ne s’agit plus tant de suivre une tendance que de développer une relation consciente à son image. Une relation qui respecte le corps, le rythme, l’histoire personnelle.
Dans cette perspective, le vêtement, la couleur, la matière ne sont plus des artifices. Ils deviennent des outils d’ajustement, des supports d’incarnation, des alliés dans les périodes de transition.
C’est dans cet esprit que j’accompagne les femmes : non pas pour transformer leur image, mais pour rétablir une cohérence entre ce qu’elles vivent intérieurement et ce qu’elles donnent à voir.
Une question ouverte
La mode a déjà transformé nos sociétés. Elle a élargi nos libertés, déplacé nos regards, bousculé nos normes.
Peut-être qu’aujourd’hui, elle nous invite à une transformation plus silencieuse, mais tout aussi essentielle : celle de notre rapport à nous-mêmes.
Et si le véritable enjeu contemporain n’était pas de changer d’apparence, mais d’habiter pleinement celle que nous portons déjà ?






Commentaires